L’association Gadjé Voyageurs 64 a célébré en 2014 son 30ème anniversaire en organisant deux « semaines culturelles tsiganes » au printemps et à l’automne. L’objectif était de favoriser la rencontre des gadjé et des voyageurs et l’échange entre élus, usagers et professionnels. Dans cette perspective, différents moments de convivialité avaient été organisés avec les partenaires de gadjé voyageurs : exposition d’œuvres artistiques tsiganes, projection de films, conférence débat, repas et concerts de musique manouche.

La première a été organisée à Pau, du 23 au 28 juin avec une conférence débat sur la condition des femmes tsiganes. La seconde a eu lieu à Bayonne du 15 au 19 septembre 2014, avec comme point d’orgue, une journée consacrée à la question de l’habitat. Nous rendrons compte ici de cette seconde manifestation.

 

Durant toute la semaine,une exposition de peintures, de photographies, de sculptures et de fabrication de guitares était présentée au centre communal d’action sociale de Bayonne (ainsi que le 19 septembre à Boucau) permettant à de nombreux artistes de faire découvrir, et pour certains, de vendre leurs productions : Jérôme GIMENEZ, José Adèle, Joseph SCHUMACHER, François MOURIÉS, Fraida DOERR, « les tchavé » de Landa Tipia, Boris CASIER.

Une conférence débat sur l’habitat s’est tenue le vendredi 19 septembre dans les locaux du centre culturel Paul Vaillant Couturier mis gracieusement à la disposition de l’association par la Ville de Boucau. Le matin, Alain REYNIERS, ethnologue professeur à l’université de Louvain et directeur de la revue Etudes Tsiganes , a replacé la question de l’habitat dans son contexte historique et ethnologique. Recommandant au final, après avoir analysé l’évolution du concept d’habitat adapté en France de “reconnaître les habitudes culturelles des gens du voyage… citoyens à part entière qui ont un mode de vie particulier, la caravane”. ( voir la conférence en ligne).

Après la présentation du projet d’habitat de Biarritz par son concepteur et le repas collectif préparé par des familles de l’aire de Landa Tipia, le débat s’est engagé en début d’après-midi. Il était animé par Allande BOUTIN, journaliste de France 3 Pays Basque et réunissait un représentant local des gens du voyage Daniel REINHARD, deux élus locaux, Christian MILLET BARBE Vice Président de la Communauté d’agglomération Adour Côte basque en charge de l’habitat et de la question de l’accueil des gens du voyage et Stéphane ALVAREZ conseiller municipal de Saint Jean de Luz, en charge de la politique de proximité, Jean-Louis DUHOURCAU, architecte, Alain REYNIERS et le président de l’association Gadjé Voyageurs 64, Gérard JULIEN. Daniel REINHARD a d’abord déploré la difficulté à faire aboutir les projets concernant l’accueil et l’habitat des gens du voyage à cause principalement de l’hostilité des riverains. Et lorsque les projets aboutissent, les besoins ont évolué, ne sont plus les mêmes et l’opération se révèle inadaptée. Il a ensuite dénoncé la sur occupation chronique de l’aire d’accueil de la communauté d’agglomération Côte Basque Adour et les risques encourus par les usagers. En dernier lieu, il a énoncé la nécessité de concilier aujourd’hui les besoins liés à la sédentarisation l’hiver et ceux liés au voyage l’été dans le souci de la sauvegarde des coutumes tsiganes notamment par la religion.

Le représentant de la Communauté d’agglomération Côte Basque Adour lui a répondu sur la difficulté à régler le problème de l’accueil des grands passages. La communauté d’agglomération est tenue de dispos

er d’une aire de grand passage d’une capacité de 230 à 240 caravanes. Mais la communauté d’agglomération n’est toujours pas en règle avec le schéma départemental. Le projet de Bacheforest ayant été rejeté à la fois par les usagers potentiels et les riverains, les seules réponses ponctuelles sont portées par la seule ville de Bayonne. Il termine en prônant la formule des terrains tournants, permettant d’assurer l’équité entre les communes.

Pour le représentant de la Ville de Saint Jean de Luz, la question de l’accueil et de l’habitat doit être portée par l’intercommunalité. Il se fera le relais auprès de la communauté d’agglomération Sud Pays Basque. L’architecte évoquant son projet sur Biarritz qui se heurte à l’hostilité du voisinage, s’est voulu résolument optimiste malgré les inquiétudes de la représentante de la Ville de Biarritz présente le matin. Une idée maîtresse a guidé la conception du projet, « le voyage est dans la tête des futurs occupants ». Le Président de Gadjé Voyageurs a attiré l’attention sur les écueils à éviter en raison de la difficulté à faire aboutir les opérations d’habitat à destination des gens du voyage : l’aire d’accueil elle-même qui n’est pas une réponse d’habitat satisfaisante ni pour les usagers (promiscuité et manque de confort) ni pour les collectivités locales (gestion coûteuse) ou la transformation pure et simple des aires d’accueil en opération d’habitat. Les réponses sont diverses : du logement ordinaire à l’opération d’habitat adapté à un groupe familial en passant par la formule des terrains familiaux. Cela implique une ingénierie du projet adaptée : prise en compte du groupe familial et association des familles au projet, plan de masse tenant compte des habitudes de vie collective, et des loyers et des charges locatives ajustées aux capacités des familles…

Le représentant de la communauté d’agglomération Côte Basque Adour partage cette position mais s’est montré plus nuancé pour ce qui concerne la transformation de l'aire d’accueil de l'agglomération bayonnaise en opérations de logement.

L’anthropologue a tenu à replacer la question sur une disposition que partagent tous les êtres humains à savoir la tendance à la singularisation des groupes humains : « on partage les mêmes choses ensemble, contrairement aux autres qui ne sont pas comme nous… c’est universel de se fermer aux autres… l’universalisme, ce n’est pas évident. ».

S’agissant des projets d’accueil ou d’habitat, il estime que, si les élus n’arrivent pas à surmonter les réticences de leurs administrés, les situations s’aggraveront inévitablement. Le vocabulaire lui-même contribue aux représentations : la notion de gens du voyage, le terme de caravane qui renvoie à une conception touristique d’habitat mal interprété à l’heure où la société est confrontée à des difficultés économiques et sociales. Dans ces conditions, « il faut essayer de se donner la chance de bâtir ensemble à partir de sa position ».

Il a terminé son propos en revenant sur la notion de sédentarisation : les familles circulent, échangent, reçoivent des parents que ce soit dans l’agglomération ou plus loin. Aussi, est-il nécessaire de prendre en compte une dimension intermédiaire entre l’aire de grand passage et les opérations de sédentarisation, les aires d’accueil ou de petit passage.

La semaine a été clôturée par une soirée, en partenariat avec le cinéma l’Atalante en présence d’un public très nombreux : un concert donné par l’accordéoniste Jésus AURED et le guitariste de flamenco Salvador PATERNA suivi, en présence du réalisateur Tony GATLIF, de la projection.

 

Article rédigé pour la revue Etude Tsigane, par Gérard Julien, président de l'AGV64.

L'Habitat des GdV

L’expérience des terrains familiaux en Pyrénées-Atlantiques par JULIEN Gérard (président de l'AGV64 - 2016)
Zoom sur le projet de Biarritz (2015)
Évaluation et bilan des opérations d’habitat destinées aux gens du voyage dans les Pyrénées-Atlantiques (2016)

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